De la féodalité à la liberté

Le fief de Réguisheim (Lehen)

De 817 à 1200 ? L’abbaye de Murbach détenait le village c’est la TOUR ROMANE qui est incontestablement la marque caractéristique de Réguisheim. Erigé à l’emplacement même de l’ancienne vigie romaine, cet édifice, classé monument historique, présente les caractères de l’architecture romane du 12ème siècle, avec ses voûtes superposées, ses croisées géminées et ses fenêtres en plein cintre, et dénote l’influence de l’abbaye de Murbach.
Bâtie en grès rose, la forme carrée, la construction dresse ses quatre étages massifs à une hauteur d’environ 50 m d’où les cigognes dominent la plaine. La voûte du rez-de-chaussée subsiste encore. L’intérieur est creux. Un escalier étroit pratiqué dans les épaisses murailles permet d’accéder aux étages supérieurs. Trois croisées regardent vers l’Est, deux vers le Nord et deux vers le Sud. L’Ouest, du côté de l’Ill en est dépourvu. Un fossé qu’on pouvait remplir d’eau défendait cette façade, qui a été attaquée par le fer et le feu, détruite et reconstruite avec des briques cuites sur place, comme en témoignent les fouilles effectuées à cet endroit. Aussi ne trouve-t-on que deux meurtrières au 3ème étage de la façade Est qui son dirigées de haut en bas. Ce qui permet de supposer qu’à l’époque, l’Eglise n’était pas encore contiguë à la tour. Au temps des petites guerres féodales, elle servait certainement de tour de guet. Selon toute probabilité, aucun seigneur n’y a jamais habité. L’aménagement intérieur prouve qu’initialement la construction ne comportait pas de pièce d’habitation et qu’elle n’a jamais dû servir de clocher.

Après 1200, la localité devint propriété du Comte de Ferrette. Un document de 1303 rapporte que « In dem Dorf ze Regensheim hat man genommen in gemeinen iarn (Jahren) 96 Daz (180 Doppelzentner) geschah (Weizen), in der cit di sce waren das graen (Grafen) von Phirt (Pfirt). Die Herrschaft hat sich in demselben dorf ein Dirghof. In demselben hof höret (gehören) XX Hueben (Huben = ungefähr 180 bis 200 Hecktar) ». Johanna, dernière héritière des Comtes de Ferrette épousa en 1312 le duc de Habsbourg Albrecht II et Réguisheim devint domaine autrichien. Les Habsbourg y avaient une cour colongère (Binghof). Une cour colongère était un tribunal qui réglait les différents nés du pacte colonger. Ce tribunal était composé du propriétaire de la colonge (président) et des autres colongers (assesseurs). La colonge était une communauté rurale dans l’Alsace du Moyen Age qui comprenait des granges, des habitations, écuries avec des terres concédées à des preneurs (Huber) moyennant le paiement du cens ou de prestations annuelles. Il semble qu’un Dinghof était installé dans la propriété voisine de la Tour. Cet immeuble est encore nommé par la population la maison des « Zehntel Herren » et la cave est appelée « cave de la dîme ».
Le fief de Réguisheim passa tour à tour aux nobles de Rodersdorf et en 1361 à ceux de Masevaux qui le cédèrent pour 190 marks d’argent aux Staufen. En 1478, il est aux mains de Hamam de Reinach. A la mort de ce dernier en 1497, il fut confié à Gaspard de Moesstag (Mörsperg). Un parchemin conservé à la mairie, datant du 26 septembre 1528 portant un cachet vert de la mairie de Réguisheim avec les trois cœurs adressé à Monsieur BOCKEL, curé de Réguisheim, fait état d’un jugement rendu en première instance à Ensisheim et confirmé par la Régence d’Insprugg en faveur de la commune de Réguisheim au sujet du péage ou pontenage contre Jean Comte de Mörsperg (Morimont) et de Belfort.

En 1534 am 7 Brachmonat, un dimanche, au cours de la nuit, un terrible incendie ravagea le village, « welcher gäldingen demassen um sich gefressen, dass in kurzer zeit 30 fürsten in die Aschen sind gelegt worden ». Un chroniqueur de Guebwiller ajoute que 5 enfants, une femme et un domestique furent « elendiglich verbrunnen ». La misère fut grande après cet incendie.

En 1555, les Autrichiens vendirent « Regelsheim » pour 6200 florins aux puissants seigneurs de Bollwiller, disparus au début de la guerre de Trente Ans. La fille du dernier descendant des Bollwiller, Marguerite apporta tous les biens de la famille en dot à Johann Ernst Fugger en 1616. Ce descendant des riches banquiers anoblis par les Habsbourg, allié des Impériaux dut quitter le pays en 1619 déjà au début de la guerre des Suédois (1618-1648).

Jamais la Haute Alsace n’avait subi de catastrophe comparable à cette époque d’occupation suédoise. Les ruines s’accumulaient sur le passage de cette armée. Les paysans alsaciens leur livrèrent une guerre de partisans et désiraient l’intervention de la France. Les allemands (Impériaux) battirent finalement les Suédois qui abandonnèrent le pays à la France. Le traité de Westphalie signé en 1648 réunit l’Alsace et la France. Notre village fut détruit en 1640 par les Suédois. En 1622 déjà, les « Oberstaufische Reiter » le pillèrent et incendièrent les ponts de l’Ill de Réguisheim et Meyenheim. Quelques rares maisons ainsi que la Tour Romane furent épargnés. A cette époque, l’Ill coulait plus près du village et suivait la rue de l’Ill actuelle. De petites maisons de serfs étaient construites sur le rivage. Après la guerre des Suédois, les habitants ont ramassé tellement de têtes de morts au bord de la rivière qu’on nomme encore de nos jours cette rue la « Schadelgasse », la rue des crânes.
Après la conquête de l’Alsace par Louis 14, le roi de France donna le 19 avril 1729, la baronnie de Bollwiller aux Suédois Comte Reinhold von Rosen qui avait passé avec ses troupes aux côtés des français. En 1739, Louis 15 éleva cette baronnie au rang de marquisat, dont Réguisheim fit partie jusqu’à la Révolution française. A partir de 1789, le village est libre et possède sa propre administration.

En 1778, le chœur et la nef de l’église actuelle ont été bâtis. Ils étaient entourés d’un cimetière qui occupait l’emplacement actuel de la mairie.